Hicham El-Guerrouj

Publié le par Rolston

A jamais unique

A l’âge de 31 ans, Hicham El-Guerrouj a décidé de raccrocher les pointes, deux ans après sa dernière course et son mémorable doublé olympique d’Athènes. Le Marocain met donc fin à une carrière quasiment sans égale dans le monde de l’athlétisme. Et du sport en général.

Par Cédric Callier

«Ce moment où j'annonce mon retrait définitif et officiel est historique et difficile. Je remercie tous ceux qui m'ont aidé et accompagné durant ma carrière». C’est par ces mots, d’une simplicité touchante si conforme à sa personnalité, qu’Hicham El-Guerrouj a confirmé l’inéluctable : sa carrière sportive fait désormais partie de l’histoire ancienne. Après une longue hésitation, le Marocain a finalement décidé de suivre l’opinion de ses proches, qui lui conseillaient unanimement de ranger les pointes et de laisser derrière lui l’image d’un immense champion parti en pleine gloire, sur un doublé olympique 1500m – 5000m à jamais gravé dans le marbre des plus grands exploits jamais réalisés sur une piste d’athlétisme. Difficile en effet de ne pas verser dans les superlatifs lorsque l’on jette un œil sur la carrière du natif de Berkane. Quatre fois champion du monde sur 1500m, ce que personne n’avait réalisé avant lui, quintuple recordman du monde entre la salle et le plein air, El-Guerrouj présente en plus un bilan quasi irréel de 84 victoires sur sa distance fétiche ou sur le mile en… 89 courses disputées. Qui dit mieux ?

La malédiction olympique…
Personne évidemment, surtout depuis le dernier chef d’œuvre réalisé par le Marocain lors des Jeux Olympiques d’Athènes. Petit rappel des faits. Jusqu’à cette année 2004, ces maudites olympiades s’étaient toujours dérobées sous ses pieds. En 1996, à Atlanta, El-Guerrouj termine ainsi à une décevante 12e place du 1500m, après avoir chuté à l’orée du dernier tour de piste, laissant du coup la victoire à son grand rival algérien Noureddine Morceli. En 2000, alors qu’il faisait figure de grand favori, le scénario s’avère encore plus cruel car cette fois, c’est à la régulière qu’il s’incline dans la dernière ligne droite, incapable de résister à l’accélération du Kényan Noah Ngeny… et peut-être aussi à la pression. Sa déception est alors immense et plusieurs semaines, voire même mois, seront nécessaires pour qu’il l’évacue. En effet, cette médaille d’argent, qui en aurait comblé d’aise plus d’un, n’a alors qu’une valeur toute relative à ses yeux et son regard ne se fixe plus que sur un seul lieu : Athènes, théâtre des J.O 2004. Mais là où un sportif normal, entre guillemet, se serait contenté de se consacrer uniquement à cette quête de l’or sur sa discipline fétiche, le Marocain, lui, double la prise de risque en ajoutant à son programme le 5000m, une distance relativement nouvelle pour lui puisque sa seule référence en la matière demeurait une 2e place aux championnats du monde 2003 se déroulant au Stade de France. Le pari semble fou, El-Guerrouj l’assume pleinement.

… Vaincue à Athènes
Et jusqu’au bout. D’abord en remportant enfin l’or olympique sur 1500m au terme d’une course splendide, vibrante où le Marocain résiste aux assauts du Kényan Bernard Lagat. Plusieurs fois pourtant on craint qu’une nouvelle fois la malédiction se poursuive. Mais au courage, El-Guerrouj s’arrache et obtient la consécration qu’il était venu chercher. Reste maintenant à entrer dans l’Histoire de son sport, en réussissant un doublé 1500-5000m seulement réalisé par un certain Paavo Nurmi en 1924. Un autre siècle autrement dit… Face à lui, El-Guerrouj retrouve l’Ethiopien Kenenisa Bekele, roi incontesté du 10 000. Entre les deux, on espère un duel explosif. Et il le sera au-delà de toutes nos espérances. Le dernier tour demeurera ainsi comme le plus bel exploit du Marocain, tant sa supériorité et sa classe resplendissent de mille feux dans le stade Spiridon-Louis. La seule chose que l’on ne savait pas encore malheureusement, et qui ne donne que plus d’éclat à ce 29 août 2004, c’était que ce 5000m serait la dernière prestation du Marocain.

«Chercher mon 3e titre à Pékin»
Certes, des signes semblaient plaider la cause d’une prochaine retraite sportive. Même le Roi du Maroc s’en mêle et lui conseille de s’occuper dorénavant de sa famille. Mais El-Guerrouj hésite à prendre ce virage. La piste occupe toute sa vie et lors d’un entretien accordé au Figaro en octobre 2005, le Marocain affirme même : «S’il n’y avait pas la perspective des Jeux de Pékin, j’aurais arrêté après Athènes. Finalement j’ai décidé d’aller jusqu’au bout, de courir jusqu’aux Jeux olympiques de Pékin. Depuis le début de ma carrière, j’ai toujours rêvé d’être trois fois champion olympique (...) Il faut maintenant que j’aille chercher mon troisième titre à Pékin.» Qu’est-ce qu’y a donc bien pu le faire changer d’avis en l’espace d’un peu plus de 6 mois ? Une blessure principalement. Ou plutôt des douleurs dorsales qui se font sans cesse plus fortes et qui lui ôtent petit à petit sa motivation. Ces multiples activités (membre du CIO, ambassadeur du Maroc presque malgré lui, homme d’affaires…) l’empêchent aussi de pouvoir se consacrer uniquement à l’entraînement. Et puis il y a sa famille et ce rôle de père qu’il a quelque peu mis de côté ces dernières années. Et avec toutes les belles histoires qu’il a à leur raconter, nul doute que ses enfants ne devraient pas s’ennuyer…

Hicham El-Guerrouj en bref
Né le 14 septembre 1974

Records personnels
1 500m - 3'26''00 (record du monde)
5 000m - 12'50''24

Médailles aux Championnats du monde
2003 - 1 500 m : Or, 5 000 m : Argent
2001 - 1 500 m : Or
1999 - 1 500 m : Or
1997 - 1 500 m : Or
1995 - 1 500 m : Argent

Médailles aux Jeux Olympiques
2004 - 1 500 m : Or, 5 000m : Or
2000 - 1 500 m : Argent

Médailles aux Championnats du monde indoor
1995 - 1 500 m : Or
1997 - 1 500 m : Or
2001 - 3 000 m : Or

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